A l’heure actuelle, une définition et une description claire d’un état propre à l’hypnose est difficile. Cela est dû à un ensemble de variables. Il y a, tout d’abord, un manque de données indiquant un état neuropsychologique spécifique (Lifshitz, Campbell & Raz., 2012). De plus, certaines recherches confondent les effets dus à deux techniques hypnotiques différentes (Mazzoni, Venneri, McGeown & Kirsh, 2013). Il existe aussi une variabilité interindividuelle du degré de sensibilité à la suggestion (Raz, 2011). La suggestibilité qui est la capacité à s’y soumettre, peut-être augmentée avec un entrainement à l’auto-hypnose, par exemple (Batty, Bonnington, Tang, Hawken & Gruzelier, 2006). Enfin, un débat persiste sur la présence ou non d’un état de conscience modifié (Mazzoni & al., 2013). Il est donc complexe de donner une définition consensuelle. Nous citerons la définition d’Erickson (1901-1980) l’hypnose est :

« un état de conscience modifié caractérisé habituellement par certaines réactions physiologiques, par une réceptivité élevée aux suggestions et par un accès plus facile aux émotions, aux idées et aux souvenirs inconscients  » (Edgette & Edgette, 2001, p.3).

 

Il est, toutefois, possible d’identifier différentes phases :

 

Hypnose schéma

Schéma 1 : Les cinq temps de l’hypnose (issu de Salem & Bonvin, 2012)

 

L’induction est le premier stade. Elle vise à introduire la transe en produisant un arrêt de la perception ordinaire grâce à une saturation sensorielle obtenue par une concentration sur un stimulus monotone comme fixer du regard un point quelconque. Ceci conduit à un bref délai de confusion constituant la deuxième étape (Salem & Bonvin 2012). Durant la troisième phase, l’individu présente une immobilité du corps (catalepsie) et une réorientation de son attention sur ses phénomènes internes (Roustang, 2003). La perception du temps, de l’espace et du schéma corporel est modifiée. Le degré de profondeur de la transe est identifié avec des indices physiques et psychologiques tels qu’une diminution du tonus musculaire, le ralentissement de la respiration, les changements pupillaires, ou encore la distorsion temporelle (Becchio & Jousselin, 2009). Un autre indice caractéristique est un état de dissociation qui se manifeste par l’expérimentation d’une partie mentale ou physique de son corps fonctionnant indépendamment d’une autre partie (Edgette & Edgette, 2001), identifié comme « l’observateur caché » par Hilgard (1992). L’objectif thérapeutique de la transe hypnotique est d’obtenir un remaniement psychique. Celle-ci est possible grâce à la mise en mouvement de l’imagination. Elle peut être optimisée par les injonctions, les métaphores, les imageries ou les suggestions. Notons que plusieurs catégories de suggestion existent et se développent selon chaque thérapeute. Une des suggestions les plus utilisée est la suggestion post-hypnotique permettant de « programmer » chez l’individu un comportement qu’il produira après la transe, dans les jours qui suivent. La quatrième étape est l’appropriation des changements. Enfin, un état de confusion précède le retour à l’état de veille (Salem & Bonvin 2012 ; Becchio & Joussellin, 2009).

 

Effet de l’hypnose sur l’humeur

La régression en âge, vécue avec une plus ou moins grande intensité, permet d’aller vers une partie antérieure de sa vie. Une de ses principales indications est de retrouver une expérience positive dans le passé où des ressources peuvent être identifiées et servir dans la vie actuelle du patient notamment en cas de dépression ou d’anxiété. Celle-ci peut produire un faux souvenir auquel le patient peut croire. Les auteurs Edgette et Edgette (2001) y voient une possibilité d’impact de l’hypnose sur la plasticité de la mémoire humaine. La progression dans le futur permet à l’individu de projeter et vivre une réalité bio-psychosociale différente de ce qu’il est habitué à vivre. Cette expérience peut se réaliser à l’extérieur d’une transe hypnotique. Ce qui est, cependant, intéressant durant la transe, c’est l’intensité du ressenti de chacune des modalités sensorielles. Cela facilite le changement souhaité en thérapie. Le phénomène hypnotique peut se baser sur des capacités de planification. Cette technique est particulièrement indiquée dans les cas de dépression car elle atténue les sentiments de désespoir et permet d’envisager qu’un évènement positif puisse se produire dans le futur (Edgette & Edgette, 2001). Une autre pratique est l’auto-hypnose qui consiste à induire une transe et rentrer en contact avec la partie inconsciente de soi-même. Les mêmes mécanismes et techniques que dans l’hypnose sont mis en jeu (Salem & Bonvin 2012).   

Cet outil thérapeutique est utile dans de nombreuses interventions psychologiques ; dépression, obsession, stress post-traumatique,… (Salem & Bonvin, 2012). Nous nous demandons si celui-ci pourrait être pertinent en remédiation cognitive ? Nous aborderons cette question avec comme point de départ les études déjà existantes sur le fonctionnement neuroanatomique. Puis, nous aborderons les apports des phénomènes hypnotiques. Nous en déduirons, que via cet outil, une éventuelle remédiation cognitive serait possible. Rappelons que les objectifs d’une remédiation cognitive sont soit de rétablir une fonction cognitive déficitaire, soit de réorganiser le fonctionnement cognitif en s’appuyant sur les fonctions préservées, soit d’agir sur l’environnement du patient (Seron & Van Der Linden, 2000).

 

Effet de l’hypnose sur le cerveau et la cognition

Les soubassements neuro-anatomiques en jeu durant la transe hypnotique

            Cojan et al. (2009) ont demandé à trois groupes de sujets d’effectuer une tâche de Go-NoGo. Le premier est le groupe contrôle, le second ayant une haute sensibilité à l’hypnose présente une paralysie hypnotique de la main gauche, et le troisième simule une paralysie de la main gauche. Une imagerie cérébrale ; fMRI, montre pour le deuxième groupe une activation du cortex frontal inférieur droit en lien avec une reconfiguration du contrôle exécutif de la tâche. Le cortex moteur est désactivé des aires prémotrices, ayant normalement un rôle dans la planification des mouvements, et il communique d’autant plus avec les aires pariétales notamment le précuneus. Ce dernier ayant un rôle dans les représentations internes. Les auteurs concluent que ces représentations internes induites par les suggestions hypnotiques permettent d’augmenter le contrôle sur soi-même. Le réseau cérébral du mode par défaut (RMD) est aussi sollicité durant l’hypnose (McGeown & al., 2009). Celui-ci est composé du cortex cingulaire postérieur, du cortex cingulaire antérieur ventral, du précuneus ainsi que du cortex préfrontal médian et dorsolatéral. D’autres régions cérébrales peuvent être identifiées dans ce réseau mais de façon moins constante. Cette localisation dépend de la nature de la tâche effectuée. L’ensemble de ces régions cérébrales est activé lorsqu’un individu ne fait aucune tâche cognitive précise, comme des activités d’introspection ou d’attention diffuse, non orientées vers un but. Lorsqu’une tâche cognitive spécifique est effectuée, il y a une désactivation du RMD. Par exemple, le précuneus est plus activé lorsque les sujets ont les yeux fermés que lorsqu’ils font une tâche active (Cojan & al., 2009). Une perturbation de ce réseau, se traduisant soit par une diminution soit par une augmentation de cette désactivation, est retrouvée chez les personnes âgées avec un vieillissement dit normal. Lors d’une désactivation excessive, les personnes âgées doivent réaliser plus d’effort pour inhiber les pensées non liées à la tâche et ont plus de difficultés à passer d’un état cognitif à un autre (Mevel & al., 2010).

La pratique de l’hypnose pourrait favoriser la plasticité cérébrale, ce qui est souhaité en remédiation cognitive. Chacune des techniques hypnotiques peut être sous-tendue par des processus cognitifs et un fonctionnement neuroanatomique différent. Ces dernières sont susceptibles d’être de bons outils de remédiation cognitive. L’avancée des recherches est essentielle pour en faire une utilisation adaptée selon la pathologie et les difficultés du patient. Dans la partie qui suit, nous évoquerons les effets des suggestions post-hypnotiques sur les capacités attentionnelles.

Les effets de l’hypnose sur les processus attentionnels

Les suggestions post-hypnotiques peuvent induire des changements cognitifs, tels que l’héminégligence ou des modifications de l’allocation des ressources attentionnelles, chez des sujets en bonne santé (Raz, 2011). Citons une expérience, de Priftis et al. (2011), qui montre qu’en suggérant d’orienter l’attention dans un hémichamp visuel, les stimuli présentés dans l’hémichamp visuel opposé sont négligés. Cette négligence est plus sévère dans le champ visuel gauche. Les auteurs présument que les suggestions post-hypnotiques pourraient être utiles à la réhabilitation cognitive de la négligence en favorisant l’engagement de l’attention dans le champ visuel souhaité. Ils observent, également, que ces résultats vont dans le sens des théories de l’attention visuelle de Kinsbourne (1977) et Posner et Pettersen (1990) postulant que chaque hémisphère assigne l’attention vers l’hémiespace opposé. Ces résultats valident aussi la prédiction de Kinsbourne (1977) : l’orientation de l’attention se fait préférentiellement dans l’hémichamp droit. L’hypnose est aussi un bon outil pour examiner l’influence des processus top-down sur les processus bottom-up, notamment la dé-automatisation comme le montre une étude de Raz (2011) avec le test de Stroop. Grâce à une suggestion, « vous voyez une série de lettres qui ressemble à un charabia écrit dans une langue étrangère inconnue », la sensibilité aux interférences est réduite ou même éliminée chez des sujets hautement hypnotisables.

 

 

Eléa Lichère

Psychologue et Responsable du CLAI

 

Copyright Eléa Lichère 2018 ©

 

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